Chemins de Compostelle et Patrimoine mondial
Propositions de la Fondation David Parou Saint-Jacques
Site en cours de construction 

Vous êtes ici : AccueilPatrimoine mondial

L'inscription au Patrimoine mondial

Les inscriptions des chemins de Compostelle sur la liste du Patrimoine mondial ont été des décisions politiques. L'Espagne a fait cavalier seul pour l'obtenir en 1993 qui était une année sainte. En 1998, la France bénéficiait de " circonstances favorables " pour obtenir une inscription avec un dossier biaisé ne respectant pas règles de l'UNESCO.

Une voie ouverte par l'Espagne

L'Espagne avait triché

Mais le Camino francès  n'avait  pas été inscrit seul. 166 villes ou villages et plus de 1800 sites ou monuments figuraient aussi dans le dossier accepté par l'UNESCO. Tout cela méritait-il vraiment l'inscription ?

Le chemin jugé digne de cette distinction était reconnu comme un " paysage linéaire continu  allant des Pyrénées à l'océan Atlantique ".  Tout pèlerin qui a parcouru ce camino dans les années 1980 sait que, déjà dans ces années, il n'y avait plus de paysage linéaire continu. A-t-il même jamais existé ? Les experts de l'ICOMOS n'étaient pas pèlerins, mais en 1993, certains avaient émis des doutes sur l’authenticité de l’intégralité du bien naturel proposé par l’Espagne.

Les organismes français intéressés par les chemins acquirent la certitude que pour obtenir ce résultat, " l'Espagne avait triché avec les critères de l'UNESCO ". La lecture de ces critères ne leur donne pas tort.

Un dossier biaisé

Pour ne pas être en reste, il fallait que  la France triche aussi. A défaut de pouvoir présenté au moins un chemin ayant  eu une existence historique, elle a utilisé un subterfuge. Elle a choisi 71 monuments qu'elle a présentés à l'UNESCO comme représentatifs des chemins de Compostelle. Ces monuments auxquels ont été ajoutés 7 tronçons du GR 65 ont été inscrits au Patrimoine mondial en décembre 1998, au titre des chemins de Compostelle. Et l'UNESCO les a considérés comme un Bien unique dénommé les chemins de Compostelle en France. Depuis il est dit et gravé dans le marbre que " les chemins de Compostelle en France sont inscrits au Patrimoine Mondial ". Il s'agit d'un raccourci sommaire et trompeur mais très avantageux pour beaucoup. Outre la satisfaction d'amour-propre national, cette inscription s'est révélée bénéfique pour certains lieux qu'elle a sorti de l'oubli en leur fournissant une publicité inespérée.

Du guide au monument historique

René de La Coste-Messelière, éminent chartiste, président de la Société des Amis de Saint-Jacques de 1978 à 1996, créateur et infatigable promoteur des chemins de Compostelle, avait coutume de dire : « tout commence avec le Guide du pèlerin, tout y est ». L’ouvrage connu sous ce nom est le dernier Livre du Codex Calixtinus, un manuscrit du XIIe siècle conservé à la cathédrale de Compostelle, dont il ne constitue qu’une toute petite partie. Il fut édité en latin en 1882 et traduit en français en 1938, date à laquelle il a reçu ce titre trompeur, qui ne figure pas dans le manuscrit. Dès son édition il avait été considéré, sans discussion et sans étude ni de sa raison d’être ni de sa diffusion, comme le guide des pèlerins du XIIe siècle. Faute d’analyse, ce document a induit en erreur tous ceux qui se sont intéressés à Compostelle jusqu’aux années 1990.

Ce Guide a fait croire à l’existence de routes de pèlerinage créées à l’usage de foules de pèlerins en route vers Compostelle. En France, ces routes ont été cartographiées arbitrairement, le Guide ne donnant que quelques repères ponctuels pour chacune d’elles. En 1937, Francis Salet fit peindre une carte en couleur d'un format impressionnant sur un mur du musée des Monuments français à Paris.

Par la place d’honneur qui leur fut ainsi donnée dans ce lieu prestigieux voué aux plus beaux monuments médiévaux, les chemins de Compostelle en France devenaient une réalité tangible, un « Monument Historique » à part entière…

L'Espagne avait triché, trichons aussi !

L'Espagne avait triché pourquoi pas nous ? Cette réflexion d'un officiel français est un bon signe de l'ambiance qui prévalait en France chez ceux qui se préoccupaient de présenter un dossier pour obtnir de l'UNESCO l'inscription des chemins de Compostelle en France. Et pour tricher à notre tour les " circonsances étaient favorables ", comme l'indique la lettre adressée aux DRAC par le ministère de la Culture (lettre de novembre 1996, signée du Directeur du Patrimoine, Maryvonne de Saint-Pulgent).

La recommandation du Conseil de l'Europe était méconnue de fonctionnaires qui n'avaient que faire des autres itinéraires de pèlerinage et de leur dimension symbolique. Seul comptait un intérêt national à courte vue et sans autre ambition que de ne pas voir la France défavorisée par rapport à l'Espagne, sous couvert d'une inscription " au bénéfice de toute l'humanité ". C'est ce dont informent  les plaques apposées sur les monuments.

La demande de la France

C'est une lettre du 26 novembre 1996 du ministère de la Culture qui a engagé la procédure d'inscription des chemins de Saint-Jacques en France au Patrimoine mondial. Signée du Directeur du Patrimoine, Maryvonne de Saint-Pulgent, elle avait pour objet : « Préparation du dossier d’inscription des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France sur la liste du Patrimoine mondial ». Elle manifeste clairement un objectif dont tout porte à penser que le ministère ne pouvait pas ignorer qu’il n’était pas compatible avec les critères de l’UNESCO. Elle précise que :

« La proposition d’inscription portera sur les chemins de Saint-Jacques en France, avec indications d’étapes. Pour éviter toute contestation sur le choix de celles-ci et compte tenu du caractère exceptionnel de cette inscription, il a été convenu de ne retenir que des sites comportant des monuments majeurs et parfaitement attestés comme appartenant au pèlerinage jacquaire. Vous trouverez ci-après le ou les sites retenus dans votre région après consultation des spécialistes du sujet ».

Les intentions sont claires : on vise l’inscription des chemins mais on présente des « monuments appartenant au pèlerinage jacquaire », seuls éligibles à l’inscription, en soulignant le « caractère exceptionnel de cette inscription ». Cette dernière mention signifie-t-elle que des accords officieux ont déjà été pris ? Le responsable scientifique du dossier est le professeur Léon Pressouyre. Outre ses fonctions universitaires, il était, à l’époque, membre de la Commission française pour l’UNESCO et pouvait faire bénéficier la demande française de l’expérience qu’il avait acquise en tant qu’expert permanent pour la section internationale de l’ICOMOS (International COuncil on MOnuments and Sites), en français « Conseil International des Monuments et des Sites ». Ainsi il peut apparaître comme ayant été juge et partie dans cette affaire. Est-ce cet appui qui a donné à la France une circonstance exceptionnelle ?

Un dossier a été présenté à l'UNESCO le 27 juin 1997.

Sous-catégories

  • L'origine des inscriptions

    En 1987, lors de la définition des chemins de Compostelle comme premier Itinéraire culturel européen, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a recommandé :

    une coopération entre les Etats membres en vue de faire figurer les itinéraires [de pèlerinage] les plus significatifs et leurs monuments au Patrimoine mondial de l'UNESCO.

    En 1993, l'Espagne a fait cavalier seul. la France l'a suivie en 1998. Il reste aujourd'hui à donner une suite à la recommandation de 1987. Cela sera-t-il possible en 2017 ?

  • L'inscription des chemins en France

    Depuis 1998, de nombreuses plaques du modèle ci-dessous

    Plaque de l'UNESCO apposée sous l'égide du ministère de la Culture

    ont été apposées sur des monuments pour informer de l'inscription des chemins de Compostelle en France.

  • Une gestion impossible

    On dit qu'impossible n'est pas français et pourtant la France n'a pas encore trouvé la solution pour gérer ce " Bien unique " ingérable car " on ne gère pas un mythe ", comme l'a écrit un haut fonctionnaire très proche du dossier.

    • 2013, une nouvelle invention

      En 1998,  l'inscription de 71 monuments disparates pour représenter un Bien unique dénommé Chemins de Compostelle avait paru judicieuse. L'impossibilité de mettre en place une gestion de ce bien inexistant dans la pratique a fait germer une nouvelle idée : pourquoi ne pas tenter de faire entrer ces monuments dans la catégorie des biens ensérie définie par l'UNESCO. C'est ce à quoi se sont employés les nouveaux responsables de ce dossier. Les fonctionaires qui étaient en service en 1998 sont pour la plupart à la retraite ou dans d'autres fonctions mais certains sont opportunément revenus dans des fonctions associatives et ont contribué à faire avancer cette idée.

      Un essai à transformer ! Avec une équipe sans idée nouvelle ce sera difficile.