Chemins de Compostelle et Patrimoine mondial
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Les Chemins

Impossible de parler de Compostelle sans parler des chemins de Compostelle. Bien que sans fondement historique leur existence a été validée par des décisions politiques. C'est bien en effet l'Europe qui a créé Compostelle alors que certains voient dans le pèlerinage galicien le creuset de l'Europe. Il en est créé en permanence car ils sont devenus une nécessité pour les milliers de pèlerins qui les parcourent chaque année.

Les chemins de Compostelle

L'idée de l'existence de chemins spécifiques pour les pèlerins est née à la fin du XIXe siècle. L'édition (en latin) du dernier Livre du Codex calixtinus a enflammé les imaginations des érudits, parmi lesquels beaucoup de curés. Elle a fait croire qu'il avait existé quatre chemins historiques conduisant à Compostelle les pèlerins médiévaux que l'on pensait très nombreux.

Mais c'est seulement dans la seconde moitié du XXe siècle qu'ils  sont devenus une réalité aux enjeux majeurs. Que leur existence n'ait aucun fondement historique en dehors de l'Espagne ne gêne aucun de ceux qui les utilisent pour marcher, comme lieu où exercicer une activité commerciale, comme support publicitaire ou argument politique.

Ils sont devenus comme une immense scène de théâtre ainsi que le montre le livre édité à l'occasion du 1200e anniversaire de Compostelle.

Chemins de pèlerins

La carte ci-dessous indique les chemins suivis par des pèlerins du XVe siècle

Un seul pèlerin est passé, pour son voyage de retour par la voie du Puy, aujourd'hui de loin la plus fréquentée.

L'origine de la légende

Les chemins de Compostelle sont nés de la volonté du royaume de Galice de se mettre en valeur après la découverte d'un tombeau attribué à l'apôtre Jacques le Majeur qui avait été choisi comme patron du royaume d'Oviedo et des chrétiens ayant échappé à la domination musulmane. Symbolisés par la Voie lactée, ils apparaissent dans la Chronique de Turpin quand saint Jacques invite Charlemagne à aller délivrer son tombeau en suivant ce chemin des étoiles (miniature du songe de Charlemagne, Grandes Chroniques de France).

L'imagination au service de la légende

Extrait du journal La Croix du 14 juillet 1948.

"Au temps fortuné où les Saint-Jacquaires se mettaient en route, ils étaient pris en charge par la puissante abbaye de Cluny, qui avait à peu près l'exclusivité de ces voyages et, sauf maladie grave, ils étaient assurés de revoir leur maison et ceci sans bourse délier, les différents monastères de l'Ordre pourvoyant aux dépenses des pèlerins. Les moines cisterciens avaient édité des itinéraires semblables à ceux que publient de nos jours telles maisons de pneumatiques qui renfermaient avec une carte fort bien dressée et se dépliant sur plusieurs aunes afin de rester à l'abri de la couverture le tracé des chemins de Compostelle, le dessin des points de repère importants ou difficiles, la liste des couvents, hospices, maisons fortes, où les Jacobites étaient accueillis. Ils leur disaient : "En tel lieu, vous pourrez séjourner tant de jours. Ici, vous recevrez le groupe des pèlerins de la région. Là vous aurez tel péril à éviter." Et surtout, le livre faisait naître en eux la confiance en leur apprenant comment ils reconnaîtraient la route en suivant les bornes et les croix qui la jalonnaient et portaient gravée sur leur base la coquille de saint Jacques, emblême du pèlerinage."

Cet article non signé cite l'ouvrage Chemins de Compostelle du docteur Henry Aurenche que la maison de la Bonne Presse (ancêtre de Bayard Presse) venait de publier.

Le " chevelu " de Charles Higounet

Aux sources des chemins en Europe

Le tracé géographique des « chemins de Compostelle » dans le cadre du programme des Itinéraires Culturels du Conseil de l’Europe lancé en 1987 s’est appuyé sur des considérations présentées comme historiques alors que les historiens les savaient fausses. Mais ils n’ont pas été entendus. Il est bon de leur donner à nouveau la parole à l’heure où se réalise la crainte exprimée dès 1969 par l’historien Charles Higounet (Higounet C., « Les relations franco-ibériques au Moyen Age », Bulletin philologique et historique jusqu’à 1610, C.T.H.S., Pau, 1969 Paris, 1972, vol.1, p.3-16) :

« on se complait peut-être un peu trop dans les mini-enquêtes locales qui, après la phase des itinéraires stéréotypés du Guide du pèlerin, nous plongent dans un chevelu de chemins dans lesquels on risque de se perdre »

Il faisait référence aux travaux entrepris en France sous l’impulsion de la Société des amis de saint Jacques.

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Sous-catégories

  • Les chemins dans l'histoire et la légende

    Avant la fin du XIXe siècle la légende, rapportée par la Chronique de Turpin, évoque un chemin partant d'Aix-la-Chapelle et rejoignant Compostelle en suivant le chemin des étoiles indiqué par saint Jacques à Charlemagne.

    D'autres documents indiquent des chemins de Compostelle, ce sont les récits laissés par des voyageurs qui sont allés à Compostelle. D'autres documents, comme les Itinéaires de Bruges décrivent des chemins marchands et pèlerins.

    Ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle qu'apparaissent les chemins de Compostelle. Depuis lors, aucune recherche historique sérieuse n'a été faite à leur sujet. Ils ont été considérés comme un fait acquis, voire un dogme. Des recherches ont été entreprises à la fin des années 1980. Leurs résultats bouleversent trop  de croyances pour être entendus.

  • Les chemins contemporains

    Le 25 juillet 1948, dans son discours à Compostelle, le général Franco avait émis le voeu que les chemins de Compostelle s'ouvrent au-delà du rideau de fer. Ce voeu a été réalisé par le Conseil de l'Europe en 1987. Dans l'intervalle, une association française a joué un rôle déterminant sous l'impulsion du marquis René de La Coste-Messelière, archiviste aux Archives nationales.

    Le premier chemin contemporain en France a été tracé au départ du Puy-en-Velay au début des années 1970.

     

     

    • 4 chemins dits historiques

      L'exploitation du dernier Livre du Codex calixtinus a fait croire à l'existence de 4 chemins historiques, partant de Tours, Vézelay, Le Puy et Arles. Cette idée est encore bien ancrée dans les esprits de tous ceux qui écrivent sur Compostelle. Elle est illustrée partout et les marroniers annuels des magazines ne l'omettent jamais.

      Mais la réalité est autre. Grâce à une intense propagande, la ville du Puy exploitant la beauté des paysages de l'Aubrac et la renommée de sainte Foy à Conques a réussi à donner un point de départ au chemin qui selon le Guide du pèlerin " passe par Le Puy ". Ce chemin on l'appelle maintenant Camino pour en faire progressivement un point de départ obligé pour rejoindre en Espagne le Camino francés. Il existe néanmoins des variantes avec au moins une portion de " chemin chrétien " où l'esprit serait moins commercial. Mais où la boutique n'hésitait pas à voisiner le donativo.

      Les autres chemins dits historiques subsistent avec peine. Annexée par une association qui en avait fait la promotion, la voie de Vézelay, na pas pu résister aux dérivations et aux GR moins historiques.

      Sur la voie de Tours, vite appelée aussi voie de Paris, une association tente aussi de mettre en valeur des atouts trop méconnus. Et l'itinéraire Saint-Martin, très bienvenu au niveau européen est venu lui faire de l'ombre.

      Quant à la voie d'Arles, elle souffre d'une trop grande notoriété de la ville qui n'en avait pas besoin pour se faire connaître.